Crise au Canada : Le Bureau de la traduction en eaux troubles ?

Depuis 1995, suite à une décision gouvernementale, le Bureau de la traduction s’est vu devenir un organisme de service spécial indépendant dans l’obligation de s’autofinancer mais surtout, s’est vu devenir un support politique dont les différents ministères fédéraux et institutions peuvent se servir comme ils l’entendent. Dès lors, s’en est suivie, depuis cette année fatidique, une lente décente aux enfers pour cette institution, pourtant présente dans le paysage libéral canadien, depuis 1934.

Cependant, depuis l’arrivée du premier ministre actuel Justin Trudeau, la situation alarmante en terme d’emplois pour le Bureau de la traduction semble être désormais étudiée et ainsi, depuis 2017, le P.D.G. du Bureau de la traduction en fonction, Stephan Dery, a assuré que son organisme a « opéré un nouveau virage » et que même si « la route est encore longue », le Bureau de la traduction peut enfin s’aspirer à des lendemains moins sombres.

Ainsi, l’espoir semble faire vivre au Canada, mais la main d’oeuvre concernée doit garder à l’esprit que leur Bureau de la traduction est toujours en train de panser des plaies profondes causées par une courbe du chômage, dans ce secteur, aussi croissante qu’ahurissante : en effet, en l’espace de quatre ans seulement (2012-2016), c’est d’après le syndicat local, pas moins de 400 postes supprimés par attrition, autant dire que le bout du chemin pour sortir de cette crise n’est effectivement pas à l’horizon.

Toutefois, Stephan Dery ne semble pas perdre ses moyens face à une telle situation et fait état de nombreuses améliorations depuis 2017 en indiquant: « Nous avons fait beaucoup de progrès dans la dernière année et demie. Aujourd’hui, nous assurons près de 70 % de la traduction gouvernementale. On aide les ministères à s’acquitter de leurs obligations en matière de langues officielles. On fait valoir notre expertise et de plus en plus de ministères le voient et le comprennent. »
Et cela ne semble pas être la seule corde à l’arc du P.D.G., ce dernier ayant aussi su imposer une nouvelle vision de la traduction, remettant « client et employés au cœur du mandat », mettant notamment en avant, l’apport des technologies, le renouvellement de la main d’œuvre, des liens renforcés avec les clients, une insistance sur la qualité et un modèle d’affaire révisé, contrastant donc avec la philosophie de ses prédécesseurs en ayant réussi là où ils avaient échouer : (re)faire du Bureau de la traduction un « centre d’excellence en services linguistiques ».

En définitive, ce revirement de mode de pensée semble bien prometteur en obtenant déjà des résultats qui ne laissent pas indifférents les professionnels du milieu de la traduction comme Louis Fortier, jurilinguiste et président de l’Association canadienne des juristes-traducteurs (ACJT), estimant : « La traduction n’est pas une marchandise et la logique économique qui a prévalu pendant de trop nombreuses années a fait des pots cassés qu’il sera difficile de réparer »; ou encore Linda Ballantyne, présidente de l’Association Internationale des Interprètes de Conférence (AIIC), qui, se montrant encore plus emballée, déclare en substance :
 « M. Déry a permis de passer d’une politique de la porte fermée à une politique de la porte ouverte » [ainsi que] « M. Déry a appliqué fidèlement le programme du gouvernement libéral en matière de qualité des services tout en mettant au point une méthode nouvelle pour l’acquisition des services d’interprètes de conférence pigistes, ainsi qu’un plan pour la télé-interprétation. […] Sous son leadership, l’acquisition des services des interprètes pigistes pour le bureau s’effectue non pas en fonction du prix le moins cher, mais plutôt en fonction du meilleur choix possible. Nous croyons que cela contribuera à restaurer le prestige du Bureau de la traduction ».

Besoin d’un exemple concret pour être convaincu ? Il n’y a qu’à demander !
Le Bureau a annoncé il y a peu, la signature d’un nouveau partenariat avec l’Association canadienne des écoles de traduction (ACET), et ce, après deux autres signatures au préalable, avec, d’une part, l’Université de Saint-Boniface et, d’autre part, avec l’Association des traducteurs, terminologues et interprètes du Manitoba (ATIM). De toutes ces signatures résultera la possibilité pour les étudiants de dix universités, offrant un baccalauréat ou un master de traduction, d’acquérir une expérience pratique du domaine en étant encadrés par un formateur venant directement du Bureau de la traduction.
Si cela ne s’appelle pas redorer son blason….

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Bonne lecture.
La Rédaction.
Legeay Alexandre
Löffel Johan
Parmentier Benjamin

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