Petit aperçu historique de la T.A et de la TAO

Partie 1 : 1948 – 1966

 

Allyson a déjà défini la T.A  et la TAO dans l’introduction de ce blog, et vous trouverez plus d’informations dans le glossaire, mais j’aimerais vous donner un bref aperçu leurs origines et de leur évolution. Cette petite histoire de la T.A et de la TAO se présentera en deux parties. Dans cet article, nous allons commencer par les débuts de la traduction automatique.

Pour ceux au fond de la classe qui n’ont pas lu l’introduction (que vous pouvez retrouver ici), la traduction automatique (TA) est une traduction entièrement réalisée par informatique. Il ne faut pas confondre avec la traduction assistée par ordinateur, qui est une traduction effectuée à l’aide d’un ordinateur (comme son nom l’indique), mais qui nécessite la présence et le contrôle d’un traducteur qualifié.

La T.A est née aux Etats-Unis, sous l’impulsion de la Défense américaine. En pleine guerre froide (nous sommes à la fin des années 1940), le gouvernement américain cherche en effet à créer un système de cryptographie et de traduction pour obtenir des renseignements sur « l’ennemi ». En 1948, dans son Memorandum on Mechanical Translation, le cryptographe Warren Weaver énonce plusieurs problématiques qui constitueront les axes de recherches pour les décennies suivantes. Il s’intéresse notamment à la structure logique des langues, l’universalisme du langage, et la structure syntaxique. Il estime alors qu’une traduction automatique est envisageable, mais uniquement dans certains cas. Pour lui, il est ainsi impossible de traduire un texte littéraire de façon automatique. Seule la traduction de textes techniques et scientifiques peut s’effectuer de cette façon, et même dans ces domaines, Weaver estime qu’il est impossible d’atteindre l’exactitude et la qualité d’une traduction humaine. Il défend en fait une position proche de ce qui deviendra plus tard la traduction assistée par ordinateur.

Quoi qu’il en soit, son « memorandum » est adressé à de nombreux chercheurs américains et servira de base pour les études qui mèneront à  l’invention de la première « machine à traduire », The US Air Force Automatic Language Translator (nom de code : Mark I). Les résultats s’avèrent décevants, mais le gouvernement continue à accorder son soutien et des financements importants à la recherche dans le domaine. Les années 1950 et 1960 sont marquées par de nombreux projets visant à développer la traduction automatisée à grande échelle. Ces deux décennies verront naître de nombreux projets novateurs, tant du point de vue théorique que pratique. On peut par exemple citer la résolution des ambiguïtés grâce aux méthodes statistiques de Kaplan en 1950, ou encore l’ébauche d’un système basé sur les mémoires de traduction de Koutsoudas et Humesky en 1957.  La première démonstration publique d’un système de traduction automatique a lieu à New-York en 1954. L’événement est largement couvert par les médias, et suscite un grand intérêt auprès du public.

Mais en 1966, tout s’arrête. Le rapport de l’ALPAC (Automatic Language Processing Advisory Commitee) annonce que la traduction automatique est hors de portée, et que seule la traduction assistée par ordinateur peut donner des résultats satisfaisants. La T.A demande en effet un travail de post-édition bien trop important, ce qui demande du temps, et les résultats obtenus ne sont pas à la hauteur des millions de dollars investis. Dès lors, la traduction automatique n’est plus inscrite officiellement aux programmes de recherches nord-américains.

 

C’est tout pour cette fois 🙂

Nous verrons dans un prochain article quelles ont été les conséquences du rapport de l’ALPAC sur la recherche, et comment s’est développée la TAO.

Laure-Anne P.

 

SOURCE:

GUIDERE, Mathieu. Introduction à la traductologie. Bruxelles : De Boeck, 2010. chapitre 10

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