Traduction : Un récit chevaleresque ?

Il y a quelques jours, Frédérique Roussel, dans les colonnes de Libération, fit référence à une oeuvre littéraire, résultant d’un travail harassant, qui dura pendant près de 20 ans (2002-2019) et qui demanda la participation de pas moins de 170 lettrés, spécialistes des langues et de la littérature.
Au final, cet ouvrage, composé de quelques 2000 pages, constitue une oeuvre qu’un traducteur ne peut tout simplement pas ignorer : l’Histoire des traductions en langue française (HTLF).

Cette ouvrage traite du rôle des traducteurs dans notre société ainsi que de l’évolution de la manière dont les gens, au fil des siècles, ont pu percevoir cette profession.
Mais en quoi est-il si important pour un traducteur ?
Tout simplement par le fait qu’il s’inscrit, à l’instar de bien d’autres ouvrages, dans une lutte littéraire bien précise, celle de la reconnaissance aux yeux des lecteurs. Le but est de bien faire comprendre au publique que s’il peut s’émerveiller, s’évader, plonger dans des univers mis en place par des auteurs étrangers, c’est bien grâce au traducteur.
Le message principal de l’ Histoire des traductions en langue française est donc celui-ci : si vous, lecteurs, vous pouvez vous embarrassez d’un choix aussi vaste en matière de lecture, c’est parce que « une armée d’invisibles » vous ouvrent les portes, en se mettant en quatre aux quotidiens, afin d’effectuer ce décodage si complexe d’une langue à l’autre.

En d’autres termes, si nous, sur ce blog, sommes en train de vous faire la promotion de cette ouvrage, c’est parce qu’il ne s’agit pas simplement, aux yeux de tous les traducteurs, d’une « oeuvre », mais bien d’une entreprise visant à faire changer drastiquement les mentalités. En cela, ce long projet fait quelque peu penser au combat et aux enjeux autour de celui de son célèbre aïeul : l’Encyclopédie.
jugez d’ailleurs par vous même avec ce qui suit :
« Comme si souvent en histoire de la traduction, le chercheur se trouve confronté à une difficulté majeure, due à l’invisibilité historique du traducteur qui rend difficile sinon vaine, toute tentative de dresser son portrait ». (chapitre « Traducteurs et Traductrices », tiré de l’HTLF).

En outre, évoquant juste avant le terme d’ « entreprise », sachez que cette oeuvre, entrepris en 2002, a été « intensifiée » en quelque sorte, avec deux Italiens, Carlo Fruttero et Franco Lucentini (écrivains-traducteurs), employant la métaphore : « Le traducteur est le dernier, le véritable chevalier errant de la littérature ». Cette figure de style est d’ailleurs vite devenue célèbre tant elle a fait des émules, à l’instar d’un groupe de protestataires Italiens la reprenant, en 2003, dans leur oeuvre lettre ouverte de chevaliers errants à la presse en vue de montrer leur colère envers tous les médias locaux qui, selon eux, censuraient, d’une certaine manière, les traducteurs en ne mentionnant jamais leurs noms dans les romans étrangers traduits.
Ensuite, alors en pleine réalisation, cette entreprise française de reconnaissance des traducteurs, via la réalisation de l‘HTLF, est devenue encore plus impérative au vue de la comparaison avec les voisins européens tels que l’Angleterre ou encore l’Espagne, bien plus en avance dans ce domaine (avec, par exemple, The Oxford History of Literary Translation in English).

Ainsi, cette quête s’est avérée, pour les traducteurs et autres hommes de lettres, être un chemin escarpé, semé d’embûches, pour atteindre le Saint-Graal de la reconnaissance de ses preux chevaliers aux yeux des gens, au quotidien. Surtout dans une époque où, comme à l’époque des hommes en armure, des croisades et des châteaux forts, les gens que vous devez convaincre sont semblables à des bouffons de fêtes de foire…
Ne serait-ce donc pas plutôt notre XXIème siècle le véritable « âge sombre » ?

Si vous n’avez pas pris ombrage de notre dernière réflexion, laissez-nous, Damoiselles et Damoiseaux, nous rattraper en éclairant vos lanternes avec plus d’informations, aussi intéressantes qu’incontournables, si vous vous aspirez à la traduction, disponibles via ce lien.

Bonne lecture.
La Rédaction
Legeay Alexandre
Löffel Johan
Parmentier Benjamin

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